Laudatio du Prix Jean Dumur 2025

"Bureau régional Payerne La Broye" du journal La Liberté

LAUDATIO PRIX DUMUR 2025

 

Très chères consœurs,

Quel plaisir, quel honneur de faire votre connaissance dans ces circonstances, un de ces trop rares moments où nous pouvons un peu nous lâcher, oser dire tout le bien que nous pensons de notre métier, de celles, et de ceux qui l’incarnent. Alors, allons-y, célébrons ! Et cette année, chère Chantal, chère Delphine, chère Natacha, c’est avec une motivation toute particulière que j’ai accepté d’assurer le rituel du laudatio. Nous ne nous connaissons pas, nous ne nous sommes jamais croisés, mais votre manière d’être journalistes me parle beaucoup, me touche.

Modestes, bosseuses, tenaces, vous êtes de la race des journalistes de terrain avec supplément d’âme, de courage et j’imagine une bonne dose d’abnégation pour tenir le coup sur la durée. Un peu comme la circulation pour la police, le journalisme local passe trop souvent pour le genre mineur, celui qu’on pratique pour faire ses gammes en attendant de trouver mieux.

Mais vous êtes la preuve que c’est une fausse approche du métier de localier. Vous en incarnez toute la noblesse. Et, comment vous dire, découvrir votre travail, votre niaque est un peu une cure de jouvence, d’optimisme pour les vieux grognons que nous pouvons tous devenir dans ce métier. Chapeau pour votre travail au long cours, notamment sur cette crise à Estavayer que les notables du coin auraient bien voulu régler eux sans ces enquiquineuses – pour rester poli - du bureau régional de la Liberté.

Votre trio coche toutes les cases du métier comme personnellement je l’ai toujours défendu, à savoir qu’il n’y a pas besoin du titre pompeux de journaliste d’investigation pour aller au-delà des communiqués et la langue de bois qu’on nous sert si souvent. Avec Delphine comme cheffe depuis bientôt quinze ans -  super organisée m’a-t-on glissé dans l’oreillette- vous devez assurer l’agenda bien sûr, le tout-venant, mais visiblement vous avez cette volonté, ce truc en plus qui vous permet de tout lâcher, de dégager du temps pour enquêter, pour aller plus loin quand il le faut. Et c’est ce qui nous a convaincu, c’est ce qui vous vaut de recevoir ce Prix Dumur 2025.

Un prix qui avec vous a le goût du terrain, de la proximité, du travail d’équipe – et ce n’est pas le moindre de vos mérites que de partager vos informations, de vous épauler, de savoir vous passer le relais. Lors de nos délibérations au sein du jury, vous êtes d’ailleurs rapidement devenues le « trio de la Broye ». Ce prix avec vous porte aussi et même surtout les valeurs qui nous sont chères de la rigueur et du courage journalistique.

 

Vous avez dû affronter en direct les attaques, le dénigrement de votre travail par les acteurs du mauvais polar politique qui se joue à Estavayer. Comme on dit souvent dans la rédaction quand on est un régional de l’étape comme vous – j’en suis et j’en suis fier – c’est plus facile de faire la critique d’un chef d’Etat qu’on ne croisera jamais – genre, au hasard, Donal Trump - que de de pointer ce qui dysfonctionne à côté de chez soi. C’est un grand classique, on adore tirer sur le messager, accuser les journalistes de remuer pour remuer et leur demander de parler en bien de nos belles contrées.

Dans cet exercice de l’enquête locale, de proximité, les personnes mises en cause, leurs défenseurs, sont aussi vos voisins, peut-être les parents ou les employeurs d'un proche. Elles savent qui vous êtes, où vous habitez, elles ont votre numéro de portable. Vous êtes directement invectivé, mis sous pression. Et malgré les tensions, les menaces, il faut continuer à couvrir l’actu de la région, se rendre aux séances pas toujours passionnantes du législatif communal, ou retrouver un souffle positif pour parler Brandons, Bénichon, concours de tirs et j’en passe.

Alors, oui, bravo ! Bravo au « trio de la Broye ». Vous remplissez avec brio et finesse une forme de sacerdoce. Et, c’est à saluer, ce travail de fonds semble pleinement soutenu par vos responsables. Au plus fort de la crise, votre red’ chef François Mauron a pris la plume pour défendre votre travail sur Estavayer : « Il s'agit de la quatrième commune du canton de Fribourg.  Il est parfaitement naturel pour un média régional de s'intéresser à sa bonne gestion et à sa vie politique. La Liberté a investigué (…), mais contrairement aux reproches que certains élus staviacois lui ont professés, elle n’a ni « harcelé», ni «forcé», ni «soudoyé» (une accusation grave) personne pour parvenir à ses fins (…) ».

A La Liberté, à toute son équipe, nous souhaitons longue vie et la capacité de résister aux forts vents contraires qui soufflent sur toute notre profession. A vous Chantal, Delphine et Natacha, nous redisons le respect et le plaisir de vous savoir amoureuses du métier et fidèles au poste. Restez vous-mêmes, tenez bon !

 

Ludovic Rocchi, 29 août 2025