Roger de Diesbach

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Roger de Diesbach, premier lauréat du Prix Jean Dumur en 1987,
est décédé le 21 septembre 2009.

Jean-Philippe Ceppi membre des Amis de Jean Dumur lui rend hommage :

Il y a quelques jours seulement, une équipe de Temps Présent a longuement interviewé Roger de Diesbach dans sa ferme de Rossens (FR). Nous voulions l’entendre encore sur une affaire d’otages qu’il avait traitée il y a près de vingt ans. Tout en pestant contre le mal qui le diminuait, Roger voulait encore y aller, fort de sa passion intacte pour l’enquête, de cette étincelle de vie, de vivacité, de curiosité jamais assouvie.

«S’amuser!» disait-il. S’amuser, assurait-il, fut l’essence de son envie toujours renouvelée de journalisme, et de sa conviction qu’il peut ébranler les montagnes.

Surtout ce journalisme d’investigation, que Roger de Diesbach fut parmi les premiers à pratiquer en Suisse. D’abord au sein de L’Agence télégraphique suisse, en 1974, où Roger, alors jeune reporter, découvre la force de la recherche en journalisme. Il y goûte aussi le prix qu’il faut payer pour son courage. La vénérable agence nationale n’ayant pas les reins assez solides pour tenir le choc, c’est la Tribune de Lausanne qui donne alors à Roger les moyens de poursuivre, à Berne, sous la Coupole fédérale.

Durant dix ans, sa recherche assidue de l’information originale et ses révélations, toujours dans l’intérêt du public, toujours solides, imposent une marque et un style. Un journalisme de contre-pouvoir, contre les excès de la politique et de l’argent, un service à la démocratie, une exigence de vérité, au-delà des vérités officielles.

Attaché au journalisme populaire, mais craignant d’être emporté dans une dérive qu’il pressent, Roger de Diesbach se lance en indépendant et crée le Bureau de reportage et de recherche d’information (BRRI). Des centaines d’enquêtes originales, publiées dans toute la Suisse. Et la chance inouïe pour de jeunes stagiaires, dont l’auteur de ces lignes, de s’épanouir aux cotés du grand homme. Au Journal de Genève, où il prend en charge la rubrique nationale, puis la rédaction en chef adjointe, enfin à La Liberté, dont il achève de faire, sur les traces de François Gross, un quotidien de référence, des générations de jeunes journalistes savent encore ce qu’ils doivent à Roger: l’intégrité en toutes circonstances, la recherche de la vérité, l’indépendance de l’âme, et le souci du public.

A l’élégance tout court, Roger de Diesbach ajoute l’élégance du coeur, en particulier, la fidélité en amitié. «S’amuser!» disait-il. Et ceux qui ont eu l’immense chance d’être de ses amis se sont tous beaucoup amusés avec lui, autour de gigantesques plats de charcuterie fribourgeoise, de généreux flacons, et surtout, de belles histoires de journalistes. Avec son épouse Nicoletta, et ses trois garçons, Simon, Romain et Gilles, nous pleurons un immense ami.

Jean-Philippe Ceppi
Producteur de «Temps Présent»
Télévision suisse romande